Les clauses du contrat : permises, encadrées ou nulles
Une clause mal rédigée ne protège personne. Voici celles qu'on retrouve dans les contrats de PME, avec les conditions pour qu'elles tiennent devant un juge.
Ce que le contrat peut ajouter à la loi
Article 6 de la loi du 3 juillet 1978 : toute stipulation contraire qui réduit les droits du travailleur est nulle.
Le contrat peut améliorer la situation du travailleur par rapport à la loi et aux CCT, jamais la réduire. Une clause qui va contre la loi est nulle de plein droit, même si le travailleur l'a signée en connaissance de cause. Le reste du contrat continue de s'appliquer.
La clause de non-concurrence
EncadréeArticles 65 et 86 de la loi du 3 juillet 1978 (employés et représentants de commerce).
Elle interdit au travailleur, après son départ, d'exercer une activité similaire chez un concurrent ou pour son compte. Pour être valable, elle doit remplir toutes les conditions suivantes :
- Être écrite, dans le contrat ou dans un avenant signé.
- Viser des activités similaires à celles exercées chez vous.
- Être limitée au territoire belge (ou aux lieux où vous êtes réellement en concurrence).
- Durer 12 mois au maximum.
- Prévoir une indemnité unique à charge de l'employeur, d'au moins la moitié de la rémunération brute correspondant à la durée de la clause.
- Concerner un travailleur dont la rémunération annuelle dépasse le seuil légal, indexé chaque 1er janvier. Entre ce seuil et un second seuil plus élevé, la clause n'est possible que pour les fonctions ou catégories prévues par une CCT.
La clause ne produit pas d'effet si le contrat prend fin pendant les six premiers mois, ou après si l'employeur licencie sans motif grave, ou si le travailleur part pour motif grave dans le chef de l'employeur.
La clause d'écolage
EncadréeArticle 22bis de la loi du 3 juillet 1978.
Elle permet à l'employeur qui finance une formation coûteuse de récupérer une partie de son coût si le travailleur part peu après. Elle est conclue par écrit, au plus tard au début de la formation, pour chaque travailleur individuellement.
Conditions
- Formation d'au moins 80 heures, ou d'une valeur d'au moins le double du revenu minimum mensuel moyen.
- Formation qui apporte de nouvelles compétences utilisables ailleurs, et qui n'est pas imposée par la loi ou par une CCT.
- Rémunération annuelle au-dessus du seuil légal indexé.
- Description de la formation, de son coût et de la durée de la clause dans l'écrit.
Remboursement dégressif
Durée de 3 ans maximum. Le remboursement ne peut pas dépasser 30 % de la rémunération annuelle.
La clause est sans effet si le contrat prend fin pendant les six premiers mois, ou si l'employeur licencie sans motif grave.
La clause de confidentialité
PermiseL'article 17 de la loi de 1978 interdit déjà de divulguer les secrets de fabrication et d'affaires.
La loi protège déjà les secrets d'affaires, pendant et après le contrat. Une clause reste utile pour préciser ce que vous considérez comme confidentiel : fichiers clients, tarifs, méthodes, données personnelles traitées par le travailleur. Elle ne peut pas servir de clause de non-concurrence déguisée.
La clause d'exclusivité
À justifierLoi du 7 octobre 2022 : droit à l'emploi parallèle.
Depuis octobre 2022, l'employeur ne peut plus interdire à un travailleur d'exercer une autre activité en dehors de son horaire, ni le traiter défavorablement pour cette raison. Une restriction reste possible si elle est justifiée par un motif objectif :
Santé et sécurité
Respect des temps de repos, par exemple pour un chauffeur.
Confidentialité
Protection des secrets d'affaires de l'entreprise.
Conflit d'intérêts
Activité concurrente ou qui nuit directement à l'entreprise.
Service public
Intégrité du service public, quand elle est en jeu.
Une clause générale « le travailleur consacre toute son activité professionnelle à l'employeur » est donc à réécrire.
Le lieu de travail et la clause de mobilité
PermiseSi le lieu de travail a été déterminant pour l'engagement, le changer sans accord peut être une modification d'un élément essentiel. Une clause de mobilité permet d'anticiper : elle doit être précise (zone géographique, sites concernés) et appliquée de bonne foi, sans abus. Une clause « en tout lieu choisi par l'employeur » laisse trop de prise à la contestation.
Commissions, bonus et objectifs
PermiseUne rémunération variable doit reposer sur des critères connus du travailleur : objectifs, période de référence, mode de calcul, date de paiement, sort du bonus en cas de départ. Un bonus « discrétionnaire » versé chaque année de la même façon peut devenir un droit acquis.
Le bonus collectif lié aux résultats (CCT n° 90) suit une procédure à part, avec un plan d'octroi déposé au SPF Emploi. Voir l'annexe bonus.
Créations du travailleur
PermiseLes programmes d'ordinateur créés dans le cadre de la fonction reviennent en principe à l'employeur. Pour les autres créations (textes, visuels, plans, photos), les droits d'auteur restent au travailleur sauf cession écrite et précise. Une clause de cession est donc indispensable dans les fonctions créatives, marketing ou techniques.
La période d'essai
NulleSupprimée par la loi du 26 décembre 2013 (statut unique), au 1er janvier 2014.
La clause d'essai n'existe plus pour les contrats conclus depuis 2014. Seuls subsistent les 3 premiers jours des contrats d'étudiant, d'intérim et d'occupation temporaire. Une clause d'essai encore présente dans un modèle de contrat n'a aucun effet, mais elle trahit un modèle qui n'a pas été relu depuis plus de dix ans.
D'autres clauses à retirer
Préavis fixé dans le contrat
Un préavis inférieur au délai légal n'a pas d'effet. Le préavis se calcule au moment de la rupture.
Clause résolutoire expresse
« Le contrat prend fin automatiquement si… » : sauf exceptions légales, ce type de clause est interdit par l'article 36 de la loi de 1978.
Renonciation anticipée
Le travailleur ne peut pas renoncer d'avance à son indemnité de préavis ou à d'autres droits futurs.
Retenues sur salaire
Amendes, dommages, avances : les retenues sont limitées par la loi sur la protection de la rémunération et, en général, à un cinquième du salaire net.
Responsabilité du travailleur
Le travailleur ne répond que de son dol, de sa faute lourde ou de sa faute légère habituelle (article 18). Une clause qui le rend responsable de tout dommage est nulle sur ce point.
Clause discriminatoire
Âge, sexe, origine, convictions, handicap, état de santé : toute clause qui en tient compte est nulle et ouvre droit à une indemnité.
Textes et sources consultés
- Loi du 3 juillet 1978 relative aux contrats de travail, articles 6, 17, 18, 22bis, 36, 65 et 86
- Loi du 7 octobre 2022 transposant la directive (UE) 2019/1152 (emploi parallèle)
- Loi du 12 avril 1965 concernant la protection de la rémunération des travailleurs
- Code de droit économique, livre XI (droit d'auteur et programmes d'ordinateur)
- SPF Emploi : clauses particulières du contrat de travail
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